Juste avant la déferlente de Saul Williams, les talentueux programmateurs du festival Sons d'Hiver (le grand rayon de soleil de la saison grise !) avaient invité Anthony Joseph. Poète de Trinidad, le gentleman débarque en costard 3 pièces. Quelques pas suffisent à donner le niveau de son charisme. Envouté pas les rythmes caribéens de son Voodoo Funk, il prend possession de ses histoires, danse sur les mots et remplit l'espace de ses personnages fabuleux. Son orchestre solidement charpenté de 3 percussionistes (!) emmène le navire par tous les flots. Le voyage est total.
--> More on Paris DJs + un podcast où il raconte ses influences --> Un extrait du concert
Pour la première partie de Rage Against The Machine à Bercy (en Juin 2008), Saul Williams s’était coiffé d’un iroquoi qui lui donnait une allure de chef Indien cyberpunk ! Cette fois-ci, sur la scène de la MAC à Créteil, le mois dernier, seule une petite plume verte restait accrochée à ses cheveux, mais l’attitude punk avait encore enflé. Depuis qu’il a modelé son dernier album Niggy Tardust (en téléchargement libre sur www.niggytardust.com) avec Trent Razor des Nine Inch Nail, son côté punk a trouvé de nouvelles voix d’expression qui lui vont comme un gant clouté :-) . Le slammer est toujours là, navigant à travers les mots. Il croise maintenant son flow avec les samples de deux machinistes fous et les riffs d’un guitariste électrisé ! Une énergie incroyable qui a faillé démonter les sièges d’un auditorium beaucoup trop sage pour maîtriser toute la colère du peuple noir américain !
--> www.saulwilliams.com --> une participation exceptionnelle aux côtés d'Hanifah Walidah & Earl Blaize, ici --> des extraits du concert à Créteil, ci-dessous
Samedi dernier, la Feline (Menilmontant) ouvrait ses portes pour une nouvelle soirée de La Chatte. Avant le mix de la Diva et du Kolu, c'est Eric Achille qui ouvre le bal. En power trio façon Jimi H ou en solo, le bonhomme se la donne (grave) et nous captive instantanément ! Sa langue (bien pendue par ailleurs ;-) se délie naturellement entre les cordes de sa guitare. Les notes apprivoisées par l'animal accompagnent le ton, le mot et décuplent le sens. Artiste aux multiples influences, apprentissages (classique, jazz, punk ...) et expériences, il jouit d'une palette harmonique infinie et d'une grande liberté d'improvisation. Grand moment de fraîcheur, d'expression directe et de vibrations revigorantes qui agitent les rotules ! Tout le monde saute !
Hier soir, Keziah Jones faisait vibrer l'Olympia. Formation rock minimaliste (guitare, basse, batterie) pour un power trio qui enchaîne les titres du dernier album (Nigerian Wood) et reprend des compos plus anciennes comme le superbe "Million Miles from Home". On aimerait avoir la surprise de voir arriver un trio de cordes ou de souffleurs sur certains morceaux... Au rappel, la chanteuse qui l'accompagne sur "Rythm is love" reprend avec lui le titre mythique. Le groove s'improvise un instant sur le plateau ... juste pour donner un avant goût de ce qui se passera plus tard au Régine's club, en after. Il est 1h du mat, et c'est Krystle Warren qui ouvre la danse. Beaucoup plus difficile dans le cadre d'un night club qu'en première partie d'un Olympia qui retenait son souffle quelques heures auparavant. La jeune femme américaine (Misouri) s'amuse de sa voix, la malaxe, l'étend, dans une maîtrise totale, entre folk et soul. Superbe ! Un groupe prend ensuite la barre et fait monter le groove jusqu'à ce que Keziah en train de danser grimpe sur scène pour prendre le relais. L'heure est à la fête. On entre pleinement dans le groove. Keziah nous informe que le concert est terminé : maintenant on jamme ! Un instant on se croit au Shrine à Lagos sous les rythmes afrobeat de Fela, avec mister Jones au clavier. De superbes musiciens tournent au micro, à la guitare ... Baco au premier rang reconnait un ami guitariste qui semble sur un nuage. Tout comme Sandra Nkaké qui provoque le roi de la soirée et lui déclare sa flamme en rugissant, jusqu'à ce qu'il tombe à genoux sous l'émotion ! Ho hoo, Ha haa, Hé héééééééé .. BlueFunk is a fact !
Dans la lignée des Prince, D'Angelo ou Bilal, Olivier Daysoul sort un album pure soul aux instrus electros.
"Si un seul album devait être choisi afin d'illustrer la prise de pouvoir se l'Electrosoul sur la musique urbaine actuelle le Kilowatt de Olivier Daysoul aurait une bonne tête de vainqueur. Après un Ep (Soul4U) retentissant qui en a mis aux aguets plus d'un, voici l'album tant attendu de cet artiste de Washington d'ors et déjà clés. Kilowatt sait aussi bien que Spaceshfit (dispo sur le blog ici) être une expérimentation dancefloorienne. Les sonorités futuristique, élèctro qui vous décrassent les oreilles s'allient à un groove imparable. Le tout servie avec une voix affectée par un trouble de la personnalité multiple qui part loint dans les aigus pour l'experimentation mais revient dans les graves pour le groove. On passe du minimalisme trippant au funky grime tout au long de la tracklist. Voici un autre rejeton de Prince a ne pas rater! -Remo-" from Black Star Good Music Hall
Junkyard Empire fulmine dans un jazz hip hop bouillonnant. Le discours est radical, le groove est puissant. Hip Hop's not dead, camarades !
Ci-dessous une interview par Jean Rochard
Jean : Junkyard Empire ?
Briahnu : Je viens de Philadelphie où j’étais musicien de hip hop et je suis venu ici il y a quatre ans. J’avais laissé tomber l’idée de faire de la musique. Un ami avec qui je travaille m’a dit avoir vu une petite annonce d’un groupe de jazz, un peu free, qui était à la recherche d’un rappeur, mais d’un rappeur dont les paroles auraient un contenu politique. Il m’a un peu poussé, ayant entendu certaines choses que j’avais faites avant. J’ai rencontré Chris et tous ces supers musiciens. J’ai aimé le son et j’ai apporté quelques-uns de mes textes les plus radicaux. On s’est fait haïr de suite. On est parti de là il y a trois ans.
Chris Cox : Avant que tu n’arrives, on avait seulement répété six ou sept fois. On jouait une sorte d’Acid Jazz. Chacun d’entre nous avait, ou bien joué avec des rappeurs, ou au moins était intéressé par la liberté que pouvait apporter ce genre de musique. Quand Brian est entré dans le groupe, on swinguait avec une sorte de funk-jazz et il a posé ses mots assez évidemment.
Jean: Pourquoi cherchiez-vous un rappeur ?
Chris : Pour deux raisons, la première parce que le hip hop permet une liberté considérable, une liberté harmonique, un endroit où l’on peut vraiment chercher loin ; la seconde parce qu’il contient une capacité d’expression, de réelle expression. Le hip hop parle, il s’adresse au pouvoir avec sa poésie. Le format n’est pas contraignant comme avoir à faire rentrer des mots dans une petite mélodie. On peut avoir de long passages avec ou sans couplet, on peut inventer à foison. Nous voulons être politiques, mais pas prévisibles.
Jean : J’ai entendu une fois Max Roach dire que le rap était la chose expressivement la plus forte depuis Charlie Parker, pas avec la même complexité musicale, mais avec la même projection.
En concert jeudi dernier, Nneka a enchanté la salle de sa présence, sa détermination, sa grande classe ! Le groupe réduit au minimum (bass, batterie, guitare, claviers) décline le groove métissé de la petite princesse et s'y installe confortablement. Elle prend son temps, ressent la pulsation et laisse jaillir une superbe voix déjà très identifiée. A l'aise aussi bien dans des registres soul, hiphop que blues ou rock, Nneka semble donner sans limite, pour la musique, pour son peuple, pour l'amour, essentiellement :)
Artiste et producteur canadien (Toronto), Slakah The Beat Child sort un album Soul sur le label londonien qui avait produit King Britt (Sylk 130) en 2002. Dans la lignée des Raphaël Saadiq, D'Angelo & co, le Soul Movement s'enrichit des influences des nombreux territoires où il fleurit !